Maladie du cri du chat : tout savoir sur ce syndrome

Dans cet article

  • La maladie du cri du chat est une affection causée par la délétion partielle du bras court du chromosome 5 chez l’être humain
  • Son nom provient du cri aigu des nourrissons atteints, comparable au miaulement d’un chaton
  • L’incidence est estimée entre 1 naissance sur 20 000 et 1 sur 50 000 en France
  • L’espérance de vie des personnes atteintes peut dépasser 50 ans grâce à une prise en charge précoce et adaptée
  • Le diagnostic repose sur un caryotype réalisé dès les premiers jours de vie
  • Des programmes de rééducation orthophonique, psychomotrice et éducative améliorent considérablement l’autonomie des patients

En tant que vétérinaire, je reçois régulièrement des questions surprenantes de la part de mes clients. L’une des plus fréquentes concerne la maladie du cri du chat : s’agit-il d’une pathologie féline ? La réponse est non. Ce syndrome porte ce nom en raison du cri caractéristique des nourrissons atteints, un cri aigu et monochromatique qui évoque de façon frappante le miaulement d’un petit chat. Si mon expertise première concerne la santé animale, ma formation scientifique me permet d’éclairer mes lecteurs sur cette affection humaine rare, souvent méconnue, et de lever la confusion liée à son appellation. Cet article vous explique tout ce qu’il faut savoir sur la maladie du cri du chat, ses causes, ses symptômes et sa prise en charge.

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Origine du nom : le lien avec le chat

Le terme « cri du chat » a été introduit en 1963 par le généticien français Jérôme Lejeune, celui-là même qui avait identifié la trisomie 21 quelques années plus tôt. En examinant des nourrissons présentant un cri très particulier, aigu et plaintif, il a fait le rapprochement avec le miaulement d’un chaton. Ce cri si distinctif est provoqué par des anomalies du larynx et de l’épiglotte, qui sont plus petits et plus souples que la normale chez les bébés porteurs de cette délétion chromosomique.

En consultation vétérinaire, je connais bien les vocalisations des chatons : un miaulement aigu, bref et répétitif, émis sur une fréquence haute. C’est exactement cette tonalité que les cliniciens humains retrouvent chez les nourrissons atteints du syndrome. D’où l’appellation cri du chat maladie, parfois aussi désignée sous le nom de « syndrome de Lejeune » ou « monosomie 5p ». Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les maladies mortelles du chat n’ont aucun lien avec ce syndrome humain : il s’agit uniquement d’une analogie sonore.

Causes génétiques : la délétion du chromosome 5

La maladie du cri du chat est une affection causée par la délétion du chromosome 5, plus précisément par la perte d’un fragment du bras court (noté 5p) de ce chromosome. Cette anomalie chromosomique entraîne la disparition de plusieurs gènes essentiels au développement neurologique et physique.

Voici les principaux mécanismes génétiques impliqués :

  • Délétion de novo : dans environ 80 à 85 % des cas, la délétion survient spontanément lors de la formation des gamètes (ovule ou spermatozoïde) ou dans les premières divisions cellulaires après la fécondation. Aucun des deux parents ne porte l’anomalie.
  • Translocation parentale : dans 10 à 15 % des cas, l’un des parents est porteur d’une translocation équilibrée impliquant le chromosome 5. Le parent ne présente aucun symptôme, mais il transmet un chromosome remanié à son enfant.
  • Autres mécanismes rares : des inversions, des chromosomes en anneau ou des mosaïques chromosomiques peuvent aussi être en cause, représentant moins de 5 % des situations.

Le gène CTNND2, situé sur la région 5p15.2, joue un rôle majeur dans le développement cérébral. Sa perte est associée à la déficience intellectuelle observée chez les patients. Le gène TERT, lui aussi localisé sur le bras court du chromosome 5, intervient dans la maintenance des télomères. La taille de la délétion varie d’un patient à l’autre, ce qui explique la grande variabilité clinique du syndrome. Selon la base de données Orphanet sur les maladies rares, cette hétérogénéité génétique rend chaque cas unique.

Le caryotype permet de confirmer la délétion du bras court du chromosome 5
Le caryotype permet de confirmer la délétion du bras court du chromosome 5

Symptômes et signes cliniques

Le cri du chat maladie se manifeste par un ensemble de signes cliniques reconnaissables dès la naissance. Le symptôme le plus caractéristique reste évidemment le cri aigu, mais d’autres manifestations accompagnent ce syndrome.

Signes néonataux

  • Cri aigu et monochromatique, rappelant le miaulement félin, dû à une hypoplasie laryngée
  • Petit poids de naissance (souvent inférieur à 2 500 g) malgré une grossesse à terme
  • Microcéphalie : périmètre crânien réduit
  • Hypotonie musculaire : le bébé semble « mou » et a des difficultés à téter
  • Dysmorphie faciale : visage rond, yeux écartés (hypertélorisme), épicanthus, micrognathie (menton petit)

Signes au cours du développement

Au fil des mois et des années, d’autres manifestations apparaissent. La déficience intellectuelle, de degré variable, constitue l’un des impacts les plus significatifs. Les retards de langage sont fréquents, tout comme les difficultés motrices. Certaines malformations peuvent toucher le cœur (dans environ 15 à 20 % des cas), les reins ou le système digestif. Les troubles du comportement, que j’aborderai plus loin, font également partie du tableau clinique du le cri du chat maladie.

Il est important de noter que ce syndrome n’a aucun rapport avec la maladie des griffes du chat, qui est une infection bactérienne transmise par les félins à l’homme. La confusion entre ces deux appellations est fréquente chez mes clients.

Diagnostic et dépistage

Le diagnostic de la maladie du cri de chat repose sur plusieurs étapes complémentaires. La suspicion clinique initiale est souvent posée dès la naissance, lorsque le pédiatre ou la sage-femme remarque le cri caractéristique associé à une dysmorphie faciale.

Les examens de confirmation comprennent :

  • Le caryotype standard : il permet de visualiser les chromosomes et de détecter la délétion du bras court du chromosome 5. C’est l’examen de référence, réalisable à partir d’une simple prise de sang.
  • L’hybridation in situ fluorescente (FISH) : cette technique utilise des sondes fluorescentes spécifiques de la région 5p pour confirmer et préciser l’étendue de la délétion.
  • La CGH-array (puce à ADN) : elle offre une résolution plus fine et permet de cartographier exactement les gènes perdus.

En prénatal, le diagnostic peut être évoqué lors d’une échographie montrant un retard de croissance intra-utérin ou des malformations. Une amniocentèse ou un prélèvement de villosités choriales permet alors de réaliser un caryotype fœtal. Le protocole national de diagnostic et de soins publié par la HAS en 2022 recommande un suivi multidisciplinaire dès la confirmation du diagnostic.

La prise en charge précoce et pluridisciplinaire améliore le pronostic des enfants atteints
La prise en charge précoce et pluridisciplinaire améliore le pronostic des enfants atteints

Évolution et espérance de vie

L’une des questions les plus fréquentes concernant le syndrome du cri du chat porte sur l’espérance de vie. Les données médicales actuelles sont plutôt rassurantes par rapport aux premières descriptions de la maladie. La majorité des personnes atteintes atteignent l’âge adulte, et certaines vivent au-delà de 50 ans.

Plusieurs facteurs influencent le pronostic :

  • La taille de la délétion : plus elle est grande, plus les symptômes sont sévères
  • La présence de malformations cardiaques : elles nécessitent parfois une chirurgie précoce
  • La précocité de la prise en charge : une rééducation débutée dans les premiers mois de vie améliore considérablement le pronostic
  • L’environnement familial et social : un accompagnement adapté favorise l’autonomie

Le cri caractéristique tend à s’atténuer avec l’âge, généralement après les deux premières années de vie. Les structures laryngées se développent et le cri perd progressivement sa tonalité féline. En revanche, la déficience intellectuelle persiste, avec des degrés très variables d’un patient à l’autre. L’évolution de la maladie du cri du chat est donc propre à chaque individu, ce qui rend les généralisations difficiles.

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Prise en charge et accompagnement

Il n’existe pas de traitement curatif pour la maladie du cri du chat. La prise en charge est symptomatique et multidisciplinaire, visant à optimiser le développement et l’autonomie de l’enfant. Voici les principaux axes thérapeutiques que les équipes médicales mettent en œuvre.

Rééducation et stimulation précoce

  • Orthophonie : essentielle pour travailler le langage oral, la déglutition et la communication alternative (pictogrammes, langue des signes adaptée)
  • Psychomotricité : aide à développer la coordination motrice, l’équilibre et le schéma corporel
  • Kinésithérapie : indispensable en cas d’hypotonie importante pour renforcer la musculature
  • Ergothérapie : facilite l’acquisition des gestes du quotidien (habillage, alimentation, hygiène)

Suivi médical spécialisé

Un suivi régulier par un généticien clinicien coordonne l’ensemble de la prise en charge. Des consultations de cardiologie, d’ophtalmologie, d’ORL et de néphrologie sont programmées selon les besoins. Les troubles du sommeil, fréquents chez ces patients, peuvent nécessiter un accompagnement spécifique. Selon la Fondation Jérôme Lejeune, spécialisée dans les maladies génétiques de l’intelligence, un suivi médical structuré dès le plus jeune âge améliore significativement la qualité de vie des patients et de leurs familles.

Scolarisation

La plupart des enfants porteurs du syndrome bénéficient d’un projet personnalisé de scolarisation. Selon la sévérité de la déficience intellectuelle, ils peuvent être orientés vers une classe ULIS, un IME (Institut Médico-Éducatif) ou bénéficier d’une AESH (accompagnante d’élève en situation de handicap) en milieu ordinaire. La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances garantit à chaque enfant en situation de handicap un droit à la scolarisation adaptée.

Le syndrome du cri du chat chez l’adulte

Le syndrome du cri du chat adulte reste un sujet peu documenté dans la littérature médicale, la plupart des études se concentrant sur la période pédiatrique. Pourtant, avec l’amélioration de la prise en charge, de plus en plus de patients atteignent l’âge adulte et vieillissent avec ce syndrome.

Chez l’adulte, le cri caractéristique a généralement disparu. Le visage perd sa rondeur infantile et les traits dysmorphiques deviennent moins prononcés, bien que la microcéphalie persiste. La déficience intellectuelle reste présente, avec une autonomie variable. Certains adultes parviennent à effectuer des tâches simples du quotidien de manière indépendante, tandis que d’autres nécessitent un accompagnement permanent.

Les structures d’accueil pour adultes comprennent :

  • Foyers de vie pour les personnes relativement autonomes
  • Foyers d’accueil médicalisés (FAM) pour ceux nécessitant un suivi médical régulier
  • Maisons d’accueil spécialisées (MAS) pour les cas les plus sévères
  • ESAT (Établissement et Service d’Aide par le Travail) pour ceux qui peuvent exercer une activité professionnelle adaptée

Des problèmes de santé spécifiques peuvent apparaître avec l’âge : troubles musculo-squelettiques (scoliose), complications digestives, ou encore un vieillissement prématuré. Un suivi médical régulier reste indispensable tout au long de la vie.

L'orthophonie et les outils de communication alternative sont essentiels pour les patients adultes
L’orthophonie et les outils de communication alternative sont essentiels pour les patients adultes

Comportement et vie quotidienne

Le syndrome du cri du chat comportement est un aspect qui préoccupe beaucoup les familles. Les enfants et adultes atteints présentent souvent un profil comportemental particulier, qui peut être déroutant pour l’entourage.

Parmi les traits de comportement fréquemment observés :

  • Hyperactivité et difficultés de concentration
  • Comportements auto-stimulatoires (balancements, mouvements répétitifs des mains)
  • Crises de colère ou frustration intense liée aux difficultés de communication
  • Attachement affectif fort : beaucoup de patients sont décrits comme très sociables et affectueux
  • Sensibilité sensorielle : certains bruits, textures ou lumières peuvent être mal tolérés

En pratique vétérinaire, je vois des parallèles intéressants avec certains animaux présentant des troubles comportementaux : la frustration liée à l’impossibilité de communiquer, la recherche de stimulations sensorielles ou l’hypersensibilité aux stimuli environnementaux. Si vous souhaitez en savoir plus sur les maladies qui touchent réellement les félins, je vous invite à consulter mon article sur les maladies qui peuvent être mortelles chez le chat.

Tableau récapitulatif des symptômes par âge

Pour mieux comprendre l’évolution des manifestations cliniques au fil du temps, voici un tableau synthétique.

Période de vie Symptômes principaux Prise en charge adaptée
Naissance à 6 mois Cri aigu, hypotonie, difficultés alimentaires, dysmorphie faciale, microcéphalie Kinésithérapie, aide à l’alimentation, bilan cardiaque et rénal
6 mois à 2 ans Retard psychomoteur, retard de langage, le cri s’atténue progressivement Orthophonie, psychomotricité, stimulation précoce en CAMSP
2 à 6 ans Déficience intellectuelle, troubles du comportement, difficultés de socialisation Scolarisation adaptée, ergothérapie, suivi psychologique
6 à 18 ans Déficience intellectuelle stable, amélioration du langage, troubles de l’attention Projet personnalisé de scolarisation, activités sportives adaptées
Adulte Autonomie variable, scoliose possible, vieillissement prématuré Structure d’accueil adaptée, suivi médical régulier, activité professionnelle en ESAT

À retenir

  • La maladie du cri du chat est une anomalie chromosomique humaine (délétion 5p), sans lien avec les maladies félines
  • Le diagnostic repose sur un caryotype à réaliser dès la suspicion clinique néonatale
  • Une prise en charge multidisciplinaire débutée avant 6 mois améliore significativement le pronostic
  • L’espérance de vie peut dépasser 50 ans avec un suivi médical adapté
  • En cas de translocation parentale (10 à 15 % des cas), un conseil génétique est indispensable pour les grossesses futures

Questions fréquentes


Le syndrome du cri du chat est-il un handicap ?

Oui, le syndrome du cri du chat est reconnu comme un handicap en France. La déficience intellectuelle, les troubles moteurs et les difficultés de communication qui l’accompagnent justifient l’attribution d’une reconnaissance de handicap par la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). Les patients peuvent bénéficier de l’AEEH (Allocation d’Éducation de l’Enfant Handicapé) pendant l’enfance, puis de l’AAH (Allocation aux Adultes Handicapés) à l’âge adulte. Le taux d’incapacité est évalué au cas par cas selon la sévérité des symptômes.


Le cri du chat est-il une forme d’autisme ?

Non, le cri du chat n’est pas une forme d’autisme. Ce sont deux conditions distinctes. Cependant, certains patients atteints du syndrome du cri du chat peuvent présenter des traits autistiques : comportements répétitifs, difficultés de communication sociale, sensibilité sensorielle. Des études estiment qu’environ 15 à 20 % des personnes porteuses de cette délétion présentent des critères compatibles avec un trouble du spectre autistique. Mais le syndrome du cri du chat reste une anomalie chromosomique identifiable, tandis que l’autisme est un trouble neurodéveloppemental d’origine multifactorielle.


Quelle est l’affection causée par la délétion du chromosome 5 ?

La délétion du bras court du chromosome 5 (région 5p) provoque le syndrome du cri du chat, également appelé monosomie 5p ou syndrome de Lejeune. Cette perte de matériel génétique entraîne un ensemble de symptômes incluant un cri aigu caractéristique à la naissance, une microcéphalie, une dysmorphie faciale, une hypotonie et une déficience intellectuelle de sévérité variable. La taille exacte du fragment perdu détermine la gravité du tableau clinique.


Quelle est l’incidence du syndrome du cri du chat ?

L’incidence du syndrome du cri du chat est estimée entre 1 naissance sur 20 000 et 1 sur 50 000 selon les sources. En France, cela représente environ 15 à 40 nouveaux cas par an. Il touche légèrement plus les filles que les garçons, avec un ratio d’environ 4 filles pour 3 garçons. Ce syndrome est classé parmi les maladies rares, ce qui explique que de nombreux professionnels de santé le connaissent peu.


Le syndrome du cri du chat est-il héréditaire ?

Dans la grande majorité des cas (80 à 85 %), le syndrome du cri du chat n’est pas héréditaire : la délétion survient de novo, c’est-à-dire par accident lors de la formation des cellules reproductives. Cependant, dans 10 à 15 % des cas, un parent est porteur d’une translocation chromosomique équilibrée. Ce parent ne présente aucun symptôme, mais le risque de transmettre un chromosome 5 remanié à sa descendance est significatif. Un conseil génétique avec caryotype des deux parents est donc systématiquement recommandé après chaque diagnostic.


Quel est le lien entre la maladie du cri du chat et les chats ?

Il n’existe aucun lien médical entre la maladie du cri du chat et les félins. L’appellation provient exclusivement de la ressemblance entre le cri des nourrissons atteints et le miaulement d’un chaton. Ce cri est causé par une anomalie du larynx liée à la délétion chromosomique. Il ne s’agit ni d’une zoonose, ni d’une maladie transmissible par les chats. Pour en savoir plus sur les véritables maladies du chat, consultez nos articles dédiés à la santé féline.


Dr Fabienne Marchal
Dr Fabienne Marchal

Vétérinaire diplômée de l'École Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort (promotion 2014), Dr Fabienne Marchal exerce depuis 12 ans en clinique à Limoges. Spécialisée en médecine préventive et nutrition animale, elle partage sur veterinairebeaublanc.fr ses conseils pour aider les propriétaires à prendre soin de leurs compagnons au quotidien.

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