Dans cet article
- La maladie des griffes du chat est causée par la bactérie Bartonella henselae, transmise par griffure ou morsure d’un chat porteur
- Dans 90 % des cas, la guérison survient spontanément en 2 à 4 mois sans traitement antibiotique
- L’azithromycine est l’antibiotique de première intention recommandé pour les formes modérées à sévères (5 jours de traitement)
- Les patients immunodéprimés nécessitent une bithérapie antibiotique prolongée pouvant atteindre 3 mois
- La prévention repose sur le traitement antiparasitaire régulier du chat pour éliminer les puces vectrices
- Une consultation médicale urgente s’impose si l’adénopathie dépasse 5 cm ou si de la fièvre persiste plus de 2 semaines
Sommaire
- Comprendre la maladie des griffes du chat
- Symptômes et évolution clinique
- Diagnostic de la bartonellose
- Traitement de la maladie des griffes du chat : formes classiques
- Traitement antibiotique des formes compliquées
- Tableau comparatif des antibiotiques utilisés
- Prévention et rôle du chat dans la transmission
- Quand consulter en urgence
En tant que vétérinaire exerçant depuis douze ans à Limoges, je reçois régulièrement des propriétaires inquiets après qu’un membre de leur famille ait développé un ganglion enflé suite à une griffure de chat. La maladie des griffes du chat, également appelée bartonellose ou lymphoréticulose bénigne d’inoculation, est une zoonose fréquente mais souvent méconnue. Je vais vous expliquer en détail les options de traitement disponibles, du simple suivi médical à l’antibiothérapie ciblée, pour que vous puissiez aborder cette situation avec toutes les informations nécessaires.
Comprendre la maladie des griffes du chat
La maladie des griffes du chat est une infection bactérienne provoquée par Bartonella henselae, un bacille gram négatif intracellulaire. Cette bactérie vit dans le sang des chats, principalement des chatons de moins d’un an, sans leur causer de symptômes apparents. Le chat joue le rôle de réservoir naturel : il héberge la bactérie sans en souffrir.
La transmission à l’humain se fait par griffure, morsure ou léchage d’une plaie ouverte. Les puces du chat (Ctenocephalides felis) jouent un rôle central dans le cycle de la bactérie : elles contaminent le chat en se nourrissant de son sang, puis déposent des déjections infectées sur son pelage et sous ses griffes. Lorsque le chat griffe un humain, il inocule la bactérie directement dans la peau.
On estime que 40 à 60 % des chats sont porteurs de Bartonella henselae à un moment de leur vie, avec une prévalence plus élevée chez les chatons et les chats errants. En France, environ 4,5 cas pour 100 000 habitants sont diagnostiqués chaque année, ce qui en fait une zoonose relativement fréquente. Si votre chat présente d’autres problèmes de santé, je vous invite à consulter notre article sur les maladies mortelles du chat pour différencier les pathologies bénignes des situations graves.

Symptômes et évolution clinique
Quels sont les symptômes de la maladie des griffes du chat ? L’évolution se déroule typiquement en plusieurs phases bien identifiées :
Phase d’inoculation (3 à 10 jours après la griffure) : une papule rouge de 2 à 5 mm apparaît au point de griffure. Elle ressemble à une petite piqûre d’insecte et passe souvent inaperçue. Cette lésion primaire persiste une à trois semaines.
Phase ganglionnaire (1 à 3 semaines plus tard) : c’est le signe le plus caractéristique. Un ou plusieurs ganglions lymphatiques gonflent dans le territoire de drainage de la griffure. Si la griffure est à la main, le ganglion sera au coude ou à l’aisselle. Si elle est au visage, le ganglion sera cervical. L’adénopathie mesure généralement entre 1 et 5 cm, elle est sensible au toucher mais rarement douloureuse au repos.
Signes généraux associés : dans environ 30 % des cas, le patient présente une fièvre modérée (38 à 38,5 °C), une fatigue inhabituelle, des maux de tête et parfois une perte d’appétit. Ces symptômes restent modérés chez le sujet immunocompétent.
Évolution naturelle : sans traitement, la maladie guérit spontanément dans 90 % des cas en 2 à 4 mois. Le ganglion diminue progressivement, parfois après une phase de suppuration (formation de pus) qui peut nécessiter un drainage.
Diagnostic de la bartonellose
Le diagnostic de la maladie des griffes du chat repose sur un faisceau d’arguments cliniques et biologiques. En tant que vétérinaire, je collabore fréquemment avec les médecins traitants de mes clients pour confirmer l’origine féline de l’infection.
Les éléments diagnostiques comprennent :
- Contexte évocateur : contact avec un chat, griffure ou morsure récente
- Sérologie Bartonella henselae : recherche d’anticorps IgM (infection récente) et IgG (infection en cours ou passée). Un taux d’IgG supérieur à 1/256 est très évocateur
- PCR sur biopsie ganglionnaire : examen de référence avec une spécificité proche de 100 %, mais réalisé uniquement en cas de doute diagnostique
- Échographie du ganglion : permet d’évaluer la taille, la structure et la présence éventuelle d’abcès
- NFS et CRP : syndrome inflammatoire modéré, parfois hyperleucocytose
Le diagnostic différentiel inclut la tuberculose ganglionnaire, le lymphome, la toxoplasmose et la tularémie. C’est pourquoi une confirmation biologique est indispensable avant d’instaurer un traitement spécifique, selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé.
Traitement de la maladie des griffes du chat : formes classiques
Comment soigner la maladie de la griffe du chat ? La stratégie thérapeutique dépend de la sévérité des symptômes et du terrain du patient. Voici mon approche détaillée pour les formes classiques :
Formes bénignes : surveillance active
Pour un patient immunocompétent présentant une adénopathie isolée de moins de 5 cm, sans fièvre prolongée ni complications, le traitement maladie des griffes du chat de première ligne est la surveillance. Cela ne signifie pas l’inaction : il s’agit d’un suivi structuré comprenant :
- Antalgiques simples (paracétamol) pour le confort
- Application locale de compresses tièdes sur le ganglion
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens si la douleur est marquée
- Consultation de contrôle à 2 semaines pour évaluer l’évolution
Formes modérées : antibiothérapie de première intention
Quel antibiotique pour une griffure de chat ? Lorsque les symptômes sont gênants (ganglion volumineux, fièvre persistante, altération de l’état général), l’azithromycine constitue le traitement de référence. Son efficacité a été démontrée dans une étude randomisée montrant une réduction significative du volume ganglionnaire à 30 jours.
Le protocole standard chez l’adulte :
- Jour 1 : 500 mg d’azithromycine en une prise
- Jours 2 à 5 : 250 mg par jour en une prise
- Durée totale : 5 jours
Chez l’enfant (cas le plus fréquent car les enfants jouent davantage avec les chats), la posologie est de 10 mg/kg le premier jour puis 5 mg/kg les jours suivants.
Drainage ganglionnaire
Si le ganglion a évolué vers la suppuration (ganglion fluctuant, peau rouge et tendue), un drainage à l’aiguille sous guidage échographique peut soulager rapidement le patient. Cette ponction évacuatrice est préférable à l’incision chirurgicale car elle réduit le risque de fistulisation. Elle peut être répétée si nécessaire.

Traitement antibiotique des formes compliquées
Est-ce que la maladie des griffes du chat est grave ? Dans la grande majorité des cas, non. Cependant, certaines formes nécessitent une prise en charge spécialisée :
Atteinte oculaire (syndrome de Parinaud)
Cette forme se manifeste par une conjonctivite granulomateuse associée à une adénopathie pré-auriculaire. Elle survient quand la bactérie est inoculée au niveau de l’œil (le chat lèche le visage du propriétaire). Le traitement associe doxycycline 200 mg/jour pendant 2 à 4 semaines et une surveillance ophtalmologique.
Atteinte hépatosplénique
Chez l’enfant principalement, des micro-abcès hépatiques et spléniques peuvent se former. Le traitement repose sur la rifampicine (20 mg/kg/jour) associée à la gentamicine pendant 14 jours, relayée par l’azithromycine per os.
Formes neuro-méningées
Rares mais sérieuses (encéphalopathie, méningite, myélite), ces complications touchent environ 2 % des patients. Elles imposent une hospitalisation et une bithérapie intraveineuse associant doxycycline et rifampicine pendant 4 à 6 semaines.
Patient immunodéprimé
Chez les patients VIH positifs, transplantés ou sous chimiothérapie, Bartonella henselae peut provoquer une angiomatose bacillaire (prolifération vasculaire cutanée) ou une péliose hépatique. Le traitement est prolongé : érythromycine 2 g/jour ou doxycycline 200 mg/jour pendant 3 mois minimum. Ces formes nécessitent un suivi infectiologique rapproché, comme le souligne le site de la Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française.
Tableau comparatif des antibiotiques utilisés
Pour vous aider à comprendre les différentes options de traitement antibiotique de la maladie des griffes du chat, voici un récapitulatif des molécules utilisées selon les situations cliniques :
| Antibiotique | Indication | Posologie adulte | Durée | Effets indésirables fréquents |
|---|---|---|---|---|
| Azithromycine | Forme classique modérée (1re intention) | 500 mg J1, puis 250 mg/j | 5 jours | Nausées, diarrhée, douleurs abdominales |
| Doxycycline | Forme oculaire, neuroméningée | 200 mg/j en 2 prises | 2 à 6 semaines | Photosensibilité, œsophagite |
| Rifampicine | Formes sévères (en association) | 600 mg/j | 2 à 6 semaines | Coloration des urines, hépatotoxicité |
| Ciprofloxacine | Alternative chez l’adulte | 1 g/j en 2 prises | 10 à 14 jours | Tendinopathies, troubles digestifs |
| Gentamicine | Formes graves (IV, en association) | 3 mg/kg/j IV | 5 à 14 jours | Néphrotoxicité, ototoxicité |
| Érythromycine | Immunodéprimés, angiomatose bacillaire | 2 g/j en 4 prises | 3 mois | Nausées, interactions médicamenteuses |
Je précise que le traitement maladie des griffes du chat par antibiotiques ne fait pas consensus dans les formes bénignes : certaines études n’ont pas montré de différence significative par rapport au placebo sur la durée totale de la maladie. C’est pourquoi je recommande toujours une discussion médecin-patient pour évaluer le rapport bénéfice-risque.
Prévention et rôle du chat dans la transmission
En tant que vétérinaire, mon rôle est aussi de vous conseiller sur la prévention. La bartonellose est étroitement liée à la présence de puces sur le chat. Sans puces, pas de transmission entre chats, et donc un risque considérablement réduit pour les humains.
Mesures concernant le chat
- Traitement antiparasitaire régulier : appliquez un antipuces efficace (fipronil, sélamectine, fluralaner) tous les mois ou selon la durée d’action du produit. C’est la mesure préventive la plus importante
- Coupez régulièrement les griffes de votre chat, surtout s’il vit en intérieur et interagit avec des enfants
- Évitez les jeux brusques qui favorisent les griffures
- Traitez simultanément l’environnement (panier, tapis, canapé) avec un spray insecticide adapté
Pour en savoir plus sur la prévention des maladies infectieuses chez le chat, consultez notre guide sur l’âge de stérilisation du chat, car un chat stérilisé se bat moins et réduit donc le risque de contamination croisée entre félins.
Mesures concernant l’humain
- Nettoyez immédiatement toute griffure ou morsure à l’eau et au savon pendant 5 minutes, puis désinfectez avec un antiseptique
- Évitez de vous faire lécher sur des plaies ou des muqueuses
- Lavez-vous les mains après avoir manipulé un chat inconnu
- Les personnes immunodéprimées devraient privilégier l’adoption d’un chat adulte (moins souvent porteur qu’un chaton) et maintenir un suivi vétérinaire rigoureux

Faut-il traiter le chat porteur ?
C’est une question que me posent souvent les propriétaires. En pratique, le traitement antibiotique du chat porteur de Bartonella est controversé. L’azithromycine féline (10 mg/kg/jour pendant 7 jours) peut réduire temporairement la bactériémie, mais ne garantit pas l’élimination définitive de la bactérie. La priorité reste le contrôle des puces, qui interrompt le cycle de transmission bien plus efficacement. Si vous suspectez d’autres pathologies chez votre félin, notre article sur les maladies mortelles du chat vous aidera à hiérarchiser les risques.
Quand consulter en urgence
Si la plupart des cas de maladie des griffes du chat évoluent favorablement, certains signaux d’alerte imposent une consultation médicale rapide :
- Ganglion dépassant 5 cm de diamètre ou augmentant rapidement
- Fièvre supérieure à 39 °C persistant plus de 5 jours
- Troubles visuels (vision floue, œil rouge douloureux)
- Confusion, convulsions ou raideur de nuque (suspicion d’atteinte neurologique)
- Douleurs abdominales intenses (suspicion d’atteinte hépatosplénique)
- Patient immunodéprimé, quel que soit le symptôme
- Absence d’amélioration après 4 semaines d’évolution
Dans ces situations, le médecin pourra réaliser des examens complémentaires (échographie abdominale, IRM cérébrale, bilan hépatique) et adapter le traitement. N’hésitez jamais à contacter votre médecin traitant en cas de doute : une prise en charge précoce des formes compliquées améliore considérablement le pronostic. Le site Ameli de l’Assurance Maladie propose également des conseils sur la conduite à tenir après une griffure animale.
La vaccination du chat contre Bartonella n’existe pas encore, ce qui renforce l’importance de la prévention antiparasitaire. Pensez aussi à maintenir à jour le calendrier vaccinal de vos animaux pour prévenir d’autres zoonoses.
À retenir
- Traitez votre chat contre les puces toute l’année avec un antiparasitaire adapté pour interrompre le cycle de Bartonella
- En cas de griffure, désinfectez la plaie dans les 5 minutes avec de l’eau savonneuse puis un antiseptique
- L’azithromycine 500 mg J1 puis 250 mg pendant 4 jours est le traitement de référence des formes modérées
- Ne demandez un antibiotique que si le ganglion dépasse 4 cm, si la fièvre persiste ou si vous êtes immunodéprimé
- Consultez en urgence si des troubles visuels, neurologiques ou une fièvre supérieure à 39 °C apparaissent
Questions fréquentes
Comment soigner la maladie de la griffe du chat ?
Dans 90 % des cas, la maladie guérit spontanément en 2 à 4 mois. Le traitement repose sur le repos, les antalgiques (paracétamol) et la surveillance. Si les symptômes persistent ou sont marqués (ganglion volumineux, fièvre prolongée), l’azithromycine pendant 5 jours constitue le traitement antibiotique de première intention. Un drainage du ganglion peut être nécessaire en cas de suppuration.
Quel antibiotique pour une griffure de chat ?
L’azithromycine est l’antibiotique recommandé en première intention : 500 mg le premier jour puis 250 mg par jour pendant 4 jours. En cas d’allergie aux macrolides ou de forme compliquée, la doxycycline (200 mg/jour pendant 2 à 4 semaines) ou la ciprofloxacine représentent des alternatives. Pour les formes graves, une association rifampicine-gentamicine peut être prescrite en milieu hospitalier.
Est-ce que la maladie des griffes du chat est grave ?
Non, dans la grande majorité des cas. Chez le sujet immunocompétent, la maladie reste bénigne et guérit spontanément. Cependant, des complications rares (2 à 3 % des cas) peuvent survenir : atteinte oculaire, neurologique, hépatique ou splénique. Chez les personnes immunodéprimées (VIH, chimiothérapie, transplantation), la maladie peut prendre des formes sévères nécessitant un traitement prolongé de plusieurs mois.
Quels sont les symptômes de la maladie des griffes du chat ?
Les symptômes apparaissent en deux phases. D’abord, une petite papule rouge au point de griffure 3 à 10 jours après le contact. Puis, 1 à 3 semaines plus tard, un ganglion lymphatique gonfle dans la zone de drainage (aisselle, coude, cou selon la localisation de la griffure). Une fièvre modérée, de la fatigue et des maux de tête accompagnent parfois le tableau clinique.
La maladie des griffes du chat est-elle contagieuse entre humains ?
Non, il n’existe aucune transmission interhumaine documentée. La bactérie Bartonella henselae ne se transmet que par l’intermédiaire du chat (griffure, morsure ou léchage d’une plaie). Un patient atteint ne représente aucun danger pour son entourage et aucune mesure d’isolement n’est nécessaire.
Mon chat peut-il être testé pour la bartonellose ?
Oui, un test sanguin par PCR ou hémoculture permet de détecter Bartonella henselae chez le chat. Cependant, ce dépistage n’est pas systématiquement recommandé car la bactériémie est intermittente (un résultat négatif n’exclut pas le portage). La mesure la plus efficace reste le traitement antiparasitaire rigoureux contre les puces, qui interrompt le cycle de transmission indépendamment du statut du chat.
Vétérinaire diplômée de l'École Nationale Vétérinaire de Maisons-Alfort (promotion 2014), Dr Fabienne Marchal exerce depuis 12 ans en clinique à Limoges. Spécialisée en médecine préventive et nutrition animale, elle partage sur veterinairebeaublanc.fr ses conseils pour aider les propriétaires à prendre soin de leurs compagnons au quotidien.


